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La proposition est portée par une partie de la gauche, et plus précisément de la France insoumise. Face à l’ampleur de la dette française, Jean-Luc Mélenchon souhaite annuler la dette, du moins une partie. «Il suffit d’aller à la Banque de France, de prendre les titres de dette et de les foutre au feu», avait-il lâché au mois d’août. Une sortie contestée par de nombreux spécialistes depuis quelques jours, à commencer par l’ancien prix Nobel d’Economie Jean Tirole qui l’a jugée «fantaisiste».
C’est désormais au tour de Christine Lagarde de renvoyer le parti de gauche dans les cordes, rapporte BFM. En marge d’une conférence de presse revenant sur la hausse des taux directeurs, la présidente de la BCE a jugé que ce n’était «pas une bonne idée». Et sur tous les plans : «Juridiquement, techniquement et financièrement», a-t-elle précisé, évoquant même une «violation pure du traité». De quel traité parle-t-elle ? De celui sur l’Union européenne, et dont l’article 123 stipule que la BCE a l’interdiction d’annuler la dette d’Etats qu’elle a elle-même rachetée.
Une dette qui représente 117,5 % du PIB
Début septembre, Jean Tirole soutenait qu’un rachat de la dette «ne changerait rien» et rappelait lui aussi que ce serait «contraire aux règlements» européens. Plus tôt, le ministre des Comptes publics martelait qu’«annuler une partie de la dette française serait évidemment l’autoroute vers la crise, vers la crise financière». Aujourd’hui, la dette française atteint 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5% du PIB. Une annulation de la dette ne peut pas être décidée que par l’Etat, expliquait à Capital l’économiste et Maîtresse de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jézabel Couppey-Soubeyran.
«Une annulation au niveau simplement de la dette française et qui serait décidée par l’Etat français, c’est tout à fait inenvisageable», prévenait-elle, d’autant que les gains d’une telle mesure sont, à ce stade, incertains. Ce vendredi matin, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a également réagi à cette proposition, la qualifiant de «solution illégale, dangereuse et inutile». Il pointait également du doigt une décision «illégale parce qu’elle est contraire aux traités» et qui reviendrait à dire que la France sortirait de la zone euro.
Plus de quatre Français sur dix favorables
Même son de cloche il y a quelques jours du côté de Marc Touati. Il a rappelé sur Europe 1 que c’était «interdit dans les statuts de la BDF et BCE d’annuler la dette», avant de pousser un coup de gueule : effacer la dette «revient à supprimer la création de richesse et la monnaie, ce qui entraînerait un appauvrissement de la France», et pour lui, «plus personne ne voudrait nous prêter un euro». Un autre prix Nobel d’Economie (2025), Philippe Aghion, a fustigé une idée «catastrophique». Selon un sondage YouGov pour Le Huffington Post, 43% des Français seraient favorables à l’annulation de la dette publique de la France.
