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Le 3 décembre, les États-Unis pourraient vivre un événement que le pays n’avait plus connu depuis 90 ans : le retour d’une exécution publique sur leur sol.

Le ministre de la Défense, Pete Hegseth a confirmé, vendredi 9 octobre, son intention de diffuser en direct la mort par peloton d’exécution de Nidal Malik Hasan, condamné à la peine capitale pour avoir perpétré une tuerie de masse dans la base militaire de Fort Hood, en 2009.

Tempête de critiques

« Les gens doivent comprendre que ce genre d’actes entraîne de graves conséquences », a déclaré Pete Hegseth pour justifier sa décision de rétablir les exécutions publiques..

Si elle se confirme, la mise à mort de Nidal Malik Hasan devant des caméras n’a pas d’équivalent depuis la pendaison en public de Rainey Bethea au Kentucky en 1936. Reconnu coupable de viol, cet Afro-Américain avait été exécuté devant une foule de 10 000 à 20 000 personnes, selon les sources.

Ce retour à une pratique abandonnée depuis si longtemps aux États-Unis a suscité une tempête de critiques, aussi bien parmi les démocrates que les républicains. « Le Pentagone doit annuler cette décision immédiatement. Nous pouvons rendre la justice dans ce pays sans glorifier la violence et transformer une exécution en spectacle public grotesque », s’est ému la sénatrice démocrate Patty Murray. « Je suis pour la peine de mort, surtout pour les terroristes [Nidal Malik Hasan est considéré comme terroriste aux États-Unis, NDLR]. Mais, je trouve que c’est toxique pour une société de la diffuser en direct », a réagi Alyssa Farah Griffin, ancienne porte-parole du ministère de la Défense à la fin du premier mandat de Donald Trump en 2020.

Image de couverture : © France 24

Politiquement, Pete Hegseth reprend « la justification traditionnelle utilisée par les autorités lorsque les exécutions étaient encore publiques : prévenir le crime en effrayant la population », explique Emma Long, spécialiste des questions constitutionnelles et de droit américain à l’université d’East Anglia de Norwich (Angleterre).

Mais cet argument avait été historiquement abandonné car il ouvre de dangereuses portes, ajoute cette experte. « C’est la même logique qui permet de justifier le recours à la torture et le fait de rendre les exécutions publiques aussi douloureuses que possible », prévient Emma Long.

Pete Hegseth n’en est pas encore officiellement là. Le fait que ce soit le ministre de la Défense qui franchit ce pas très controversé n’étonne pas les experts interrogés par France 24. « Cet ancien journaliste de Fox News transforme tout en infodivertissement », souligne Natasha Lindstaedt, spécialiste des régimes autoritaires à l’université d’Essex, au Royaume-Uni. Pour elle, cette décision de diffuser une exécution en direct doit correspondre à sa vision d’une armée « macho » qui assume le recours à la violence.

Exécution publique et « masculinité toxique »

Plus généralement, « c’est dans la droite ligne de la médiatisation de la violence promue par Donald Trump avec, par exemple, les combats de catch devant la Maison Blanche. Bien sûr, il ne s’agissait pas alors de mise à mort, mais c’est tout autant une manière de mobiliser la base du mouvement Maga, empreint de ‘masculinité toxique’ et adepte du principe de la loi du Talion et de la démonstration très publique de force brute », souligne Natasha Lindstaedt.

L’administration Trump a également dû penser que l’affaire Nidal Malik Hasan représentait un piège parfait pour l’opposition. « Le président américain veut mettre ce sujet sur la table pour forcer ses opposants à prendre position. S’ils critiquent cette décision, il pourra dire devant sa base que ses détracteurs sont trop frileux face à un terroriste ayant tué des militaires américains », assure Richard Johnson, spécialiste de la politique et des institutions américaines à l’Université Queen Mary de Londres.

Mais avec la promesse d’exécuter un condamné en direct à la télé, les États-Unis avancent sur un chemin très étroit en compagnie « d’un petit nombre de pays, tous autoritaires, qui pratiquent officiellement des exécutions publiques », assure Natasha Lindstaedt.

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Washington lorgne davantage vers l’Iran, la Corée du Nord ou encore l’Afghanistan des Taliban « alors que les États-Unis étaient jusqu’à présent parmi les premiers à dénoncer ces pratiques sur la scène internationale », souligne Emma Long.

Même si au final l’administration Trump venait à renoncer, le simple fait de promouvoir cette idée d’une exécution publique fait bouger la nature du régime politique américain. « Une démocratie libérale qui pratique la peine de mort a tendance à le faire le plus discrètement possible, car un État démocratique ne cherche pas généralement à s’en vanter », affirme Natasha Lindstaedt.

Pour elle, l’annonce faite par Pete Hegseth ancre les États-Unis un peu plus dans le camp des régimes aux tendances autoritaires. Plus nuancée, Emma Long estime plutôt que l’administration Trump joue un jeu dangereux en utilisant des méthodes « aux connotations autoritaires ».

L’obstacle de la Constitution ?

Pour les experts interrogés, c’est en tout cas un test pour les institutions démocratiques américaines. Pete Hegseth peut-il réellement réintroduire ainsi les exécutions publiques ? « D’un point de vue constitutionnel, il n’existe aucun texte qui interdit explicitement de telles pratiques, et lorsque la loi fondamentale américaine a été rédigée, les exécutions publiques étaient autorisées », souligne Emma Long.

Une nuance importante car, une partie des juges de la Cour suprême – qui pourrait être amenée à se prononcer sur cette décision – ont « une approche originaliste », précise cette experte. C’est-à-dire qu’ils s’efforcent d’interpréter la Constitution à la manière des Pères fondateurs.

Une bonne nouvelle pour Pete Hegseth ? Pas si vite. Il faut également prendre en compte le 8e amendement de la Constitution qui interdit les peines « cruelles et inhabituelles ». « On est en pleine zone grise légale », assure Dafydd Townley, spécialiste des questions institutionnelles et de sécurité nationale américaines. En effet, la Cour suprême a évalué dans les années 1970 la constitutionnalité de la peine de mort à l’aune de cet amendement. « L’un des arguments avancés était de dire que l’absence de publicité des exécutions participait au fait que ce n’était pas une peine trop cruelle », souligne Richard Johnson.

Une exécution diffusée en direct de Nidal Malik Hasan pourrait pousser la Cour suprême à revoir sa position sur la peine de mort et les peines trop cruelles.

Ce n’est pas le seul obstacle potentiel à une mise à mort en direct. « Les règlements de l’armée américaine encadrent strictement qui a le droit d’assister à une exécution, et c’est explicitement interdit aux mineurs. Une règle impossible à respecter avec une transmission publique [à la télévision ou sur internet] », assure Dafydd Townley.

Et ce ne sont pas que les mineurs qui risquent d’être exposés à un tel spectacle. Au 21e siècle, une diffusion sur internet pourra difficilement être confinée aux frontières américaines. Autrement dit, des jeunes et moins jeunes du monde entier pourraient assister à une exécution publique, même depuis des pays qui, comme la France, interdisent la peine de mort depuis des décennies.

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